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Musique classique et opéra par Classissima

Vadim Repine

mardi 28 février 2017


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25 octobre

CD, compte rendu,première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon).

Classiquenews.com - Articles CD, compte rendu,première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon). Voici nos premières impressions d’un programme très séduisant dont la haute valeur dérive directement de la connaissance qu’on les interprètes des partitions, de leur complicité… C’est surtout dans un premier temps, à la suite d’une écoute première, le Concerto de Sibelius qui affirme une saisissante compréhension musicale. D’abord le Concerto de Tchaikovsky… Belle urgence du premier mouvement où l’orchestre de la Staatskapelle de Berlin, l’orchestre de Barenboim, sonne avec une élégance de ton d’une irrésistible séduction : le préambule est idéal pour l’éloquence feutrée de la sublime Lisa (Batiashvili), violoniste attachante qui vit à Munich : ondine serpentant dans un paysage orchestral superbement suggestif : la direction du chef éblouit par sa réserve caressante et détaillée. L’intelligence du chef et de son orchestre s’était révélé, affirmé au delà de nos attentes dans les Symphonies de Elgar, – superbe révélation couronnée par un CLIC de CLASSIQUENEWS. Le violon de Lisa Batiashvili partage avec quelques rares confrères et consœurs, une grâce ténue, mesurée, nuancée (Vadim Repin, Isabelle Faust) qui font toute la différence avec les performers plus médiatisés mais indésirables. Son articulation d’une grande finesse exprime cette élégance lovée dans l’orchestration de Tchaikovsky. On se souvient d’un précédent disque BACH qui offrait la même intensité filigranée d’un son d’une subtilité impériale (LIRE notre critique du cd BACH de Lisa Batiashvili, 1 cd deutsche Grammophon, CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2014 ). Si le Concerto de Tchaikovsky affirme une virtuosité flamboyante, l’opus de Sibelius s’inscrit dans l’énigme et le scintillement d’une enivrante fragilité. Le premier mouvement est d’une bouleversante confession elle aussi filigranée qui exige des instrumentistes, soliste et musiciens de l’orchestre en présence, un sens de l’écoute et de l’équilibre global, … idéal, magicien. Le son de Lisa Batiashvili se révèle d’une rare incandescence, immédiatement solaire. C’est un embrasement d’une subtilité d’intonation d’une irrésistible souplesse. Le souffle tragique y est comme sublimé par l’hypersensibilité du compositeur à la nature et son miracle salvateur : il faut visiter en Finlande, sa propriété de Jarvenpaa pour saisir le lien indéfectible du musicien avec le motif naturel, source de révélations comme d’éblouissement. Le Concerto pour violon s’inscrit dans cette expérience et cette relation privilégiée. Le Concerto est pour la violoniste son pain béni et une pièce familière, de grande intimité : elle le joue depuis au moins plus de 10 ans déjà, avec une profondeur et un son éthéré d’une sidérante expressivité. L’opus 46 en ré majeur fut composé en 1903 et, après révision, créé sous la direction de Richard Strauss en 1905 à Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “Aïnola”, à Jarvenpaa, en pleine forêt, à 30km d’Helsinki. Longtemps minimisé en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa néanmoins en raison des difficultés techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuosité exigeante, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intériorité, économie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualités qui se sont révélées grâce à la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique néo-romantique, la partition développe une forme libre, rhapsodique, même si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. Même si l’inspiration naturelle, panthéiste, du compositeur s’exprime avec clarté, en particulier d’après le motif naturel des forêts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions méditerranéennes vécues pendant son séjour en Italie. Barenboim magicien des atmosphères, et son elfe enivré, tracent des accents d’une intensité idéale, dans un cheminement qui frappe par son intériorité et par contrastes, ses résonances panthéistes, excroissances symphoniques et déflagrations électrisées. Le parcours emprunté par Lisa Batiashvili s’enrichit d’un engagement superlatif a voce sola dans la résolution du premier mouvement, à a fois, solitaire, éperdu, mais d’une pudeur intacte (que vient adoucir le chant fugace des bassons puis des violoncelles). C’est une course progressive contre les ténèbres, – un combat pour conserver la lumière : la rondeur âpre, le chant du violon se fait ici chant de résurrection : dans les mains expertes d’une telle interprète, le violon Joseph Guarneri “del Gesu” de 1739, produit une finesse et un moelleux, d’une sidérante activité. Le second mouvement est un chant d’amour d’une classe intérieure : quelle richesse suggestive du son. Opulence aux pianis arachnéens… Nous tenons là l’une des meilleures versions récentes du Concerto de Sibelius : scintillements de l’orchestre, chant intérieur, déchirant du violon soliste. Magistral. CD, compte rendu, première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Belrin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon). Grande critique développée à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016 TCHAIKOVSKY / SIBELIUS TCHAIKOVSKY: Violin Concerto in D major, op. 35 SIBELIUS: Violin Concerto in D minor, op. 47 Lisa Batiashvili, violon Staatskapelle Berlin Daniel Barenboim, direction Int. Release / parution internationale : 4 Nov. 2016 1 CD / Deutsche Grammophon 0289 479 6038 6

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29 août

Compte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 août 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN… R. Capuçon, E. Revaz

Compte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 août 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN… R. Capuçon, E. Revaz. Depuis 2010, la petite ville de Tannay – située au bord du Lac Léman, à quelques encablures de Genève – propose un festival de musique classique à la fin août sous une tente qui offre une acoustique très satisfaisante. Certes moins connu que les prestigieux festivals de Lucerne, Montreux ou Gstaad, celui de Tannay vaut d’abord pour sa convivialité… et n’en invite pas moins des artistes de renommée internationale (cette année Vadim Repin, Andreï Korobeïnikov ou Renaud Capuçon), tout en mettant en avant la jeune génération (Edgar Moreau, Estelle Revaz ou Romain Leleu). Le Festival de Tannay acquiert ainsi peu à peu sa place dans le paysage musical suisse durant la période estivale. Deux (belles) soirées aux Variations Musicales de Tannay La première soirée à laquelle nous avons pu assister accueillait un invité régulier de Serge Schmidt (directeur-fondateur du festival et maire de la ville), le célèbre violoniste français Renaud Capuçon,placé à la tête de l’Orchestre de Chambre de Bâle. Le concert débute par une des pièces incontournables du corpus violonistique de Bach, le Concerto BWV 1041, dans lequel Capuçon fait valoir son jeu époustouflant et un phrasé fluide et subtil, tandis que se dégage de la formation suisse allemande une agréable fraîcheur, chaque instrumentiste jouant avec ferveur, énergie et engagement, sans jamais tomber dans l’excès. Le morceau qui suit sort résolument des sentiers battus (une autre des caractéristiques du festival) : le « Polyptique » pour violon et orchestre du compositeur suisse Frank Martin. Ecrite à l’intention et dédiée à Yehudi Menuhin, la partition fut créée par l’Orchestre de Chambre de Zürich en 1973, et s’inspire de la Passion du Christ… et de son propre Oratorio « Golgotha », composé en 1948. De moindre ampleur que l’ouvrage précité, le Polyptique n’en atteint pas moins la même intensité de pensée et d’émotion, à travers six images sonores d’un dramatisme bouleversant. Capuçon gratifie l’auditoire d’une interprétation en tout point digne de son illustre confrère et prédécesseur, et l’on aimerait que tout violoniste digne de ce nom manifeste autant d’éclectisme dans le choix des œuvres inscrites à son répertoire. Après l’entracte – où le public a loisir de se promener dans l’immense parc du château possédant des cèdres centenaires et jouissant d’une vue saisissante sur le lac et les Alpes françaises -, Richard Strauss est à l’honneur au travers de ses bouleversantes « Métamorphoses » pour 23 cordes. Composée en 1945, au lendemain de la guerre, et au soir de sa vie, l’œuvre raconte l’éclatement intérieur de celui qui n’était que musique, et dont la folie des hommes a détruit un à un les lieux où il avait connu une rare succession de triomphes : Berlin, Dresde, Vienne, Munich… Cet ultime chef-d’œuvre, d’une épure totale, est une lente confession faussement paisible que Capuçon et ses musiciens délivrent dans tout son déchirement et sa nostalgie. Le long silence qui suit est le meilleur des hommages que l’auditoire pouvait offrir tant à la partition qu’à ses défenseurs ce soir… Le lendemain, le festival invitait une enfant du pays, la violoncelliste suisse Estelle Revaz (27 ans). Après avoir fréquenté les conservatoires de Sion (sa ville natale), le CNSM de Paris et la Musikhochschule de Cologne, elle a gagné de nombreux prix internationaux, dont le « Prix Rotary » l’an passé au festival de Verbier. Pour l’accompagner, l’Orchestre du Festival de Tannay, composé de membres de l’Orchestre de la Suisse Romande, dont le contrebassiste solo Jonathan Haskell tient ce soir la baguette. Après avoir chauffé sa phalange avec l’Ouverture Egmont de Beethoven, interprétée avec une belle intensité dramatique, Estelle Revaz s”attaque aussitôt au Concerto pour violoncelle de Schumann. Composé alors que le musicien était victime d’hallucinations auditives, l’ouvrage ne fait aucune concession à la virtuosité, sans en être pour autant moins poignante. Ce qui séduit d’emblée chez cette jeune soliste, c’est sa grande capacité à se détacher de l’orchestre… malgré sa flagrante complicité avec le violoncelle solo de l’orchestre. D’une justesse quasi exemplaire, son jeu s’avère très proche du chant et, comme lui, est rythmé par les respirations de l’artiste. Après une première salve d’applaudissements, elle se jette dans la page la plus connue du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns : le Cygne. Revaz joue cette pièce avec un grand engagement artistique et une perception musicale particulièrement émouvante. Quel phrasé superbe ! La musicienne habite son archet avec une magnifique intensité, et elle récolte à nouveau de nombreux vivats. Après s’être remis de ses émotions dans la fraîcheur de la nuit tombante, le public est convié à entendre la Deuxième Symphonie de Beethoven, la plus optimiste du compositeur allemand. Haskell et l’Orchestre du Festival l’abordent avec joie et vitalité dans un premier mouvement à l’allure un peu martelée, mais à l’énergie communicative. Le larghetto est une belle illustration d’un Beethoven volontaire, qui avance droit et sans traîner, mais qui sait respirer et chanter avec un lyrisme apaisé. Joie de jouer ensemble, cela s’entend, dans les deux derniers mouvements : espiègle et enjoué dans le scherzo puis virtuose et fougueux dans un finale savoureux et puissant. Les festivals qui allie à un tel degré qualité artistique et convivialité ne sont pas légion, et Tannay est de ceux- là !




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4 novembre

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014)

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014). Enregistrée en plusieurs coffrets séparés selon le calendrier des enregistrements réalisés, cette intégrale Brahms par Riccardo Chailly prend forme en un coffret unique édité par Decca (7 cd). Avec sa récente intégrale Beethoven, Chailly impressionne par une ampleur du son, une puissance qui sait aussi préserver le détail et une certaine clarté ; tout est canalisé pour l’opulence d’un dramatisme brûlé qui compose dans une discographie une voie mediane, équilibrée qui s’affirme comme une référence jamais décevante. Soucieux de clarté et de lisibilité, le Brahms de Chailly sait trancher, caractériser sans épaisseur et cette surenchère produisant bien souvent une pâte déclamée, ampoulée, finalement indigeste. Chailly revient à l’architecture primitive et originelle du Brahms bâtisseur, prolongeant comme personne l’invention des formes depuis Beethoven. Comparé à ses premières lectures des Symphonies avec l’autre Gewandhaus (d’Amsterdam), le geste forgé et peu à peu sculpter à Leipzig, comme profitant de la révolution interprétative opérée sur Bach, a conçu une direction plus légère et transparente dont la sensibilité instrumentale régénérée, exalte les sens et fait la réussite par exemple du mouvement lent (Andante) du Concerto pour piano n°2 (1881, cd 7), de loin la lecture la plus intéressante, profitant aussi il est vrai de l’exceptionnelle Nelson Freire (Live de 2005). Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intégrale qui malgré certains passages à vide, comporte des instants de grâce, comme suspendus, portés par cet idéal personnel de la lisibilité et de la clarté qui n’empêche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement éperdu d’une innocence préservée, intacte malgré les blessures tues, les traumatismes (écouter ce même Andante et la place accordée au chant du violoncelle : un instant de grâce). L’intégrale Brahms de Chailly demeure une leçon de musicalité respectueuse, soucieuse d’articulation et de lisibilité… Vertus de la clarté allégée C’est un Brahms plus nerveux, et osons dire même audacieux au sens d’un Beethoven : les coups de timbales qui ouvrent la Première Symphonie ne signifient-ils pas voici l’aube d’un monde nouveau comme Beethoven le dit lui-même au terme de son propre cycle symphonique dans sa 9ème ? Chailly retrouve ainsi le Brahms moderne et on pas classique, celui expurgé de la tradition fin XIXè et mi XXème, hérité de ses meilleurs défenseurs Toscanini, Félix Weingartner. Brahms l’inventeur de formes nouvelles, capable de surprendre par un itinéraire harmonique et rythmique neuf, résolument improbable, Brahms le réformiste ; voilà le visage qui s’inscrit en lettres d’or sur le coffret Chailly : n’écoutez que le début et son développement de la Symphonie n°1 (vrai poco sostenuto des cordes et transparence légère pour plus de mordant et d’âpreté voire de lumière dans cet irrépressible allant tragique initial) pour comprendre les apports du geste dépoussiéré, allégé, nerveux, jamais surexpressif du chef italien. Sans perdre la puissance et le sentiment de la carrure colossale, le chef ajoute et soigne de bout en bout, le relief d’une lisibilité entre les pupitres qui reprécise la direction de l’architecture, les justes proportions entre les pupitres. La Symphonie n°3 dès le début peut ainsi compter sur une parfaite précision lisible des bois qui citent avec d’autant plus de vitalité, la référence aux motifs folkloriques si présents dans le tissu brahmsien. La construction globale, l’édifice de Symphonies en Symphonies dévoilent par un geste précis, affiné, des arêtes vives, des passages et des modénatures insoupçonnées (lissées ou expédiées par les chefs moins scrupuleux). Complément exaltants à la clarté architecturale des 4 Symphonies, les œuvres concertantes, pour violon ; pour violon et violoncelle, éclairent également un même souci d’élocution : le Concerto en ré (1879) s’impose évidemment parmi les meilleures réussites du coffret. C’est peu dire que le violon de Kavakos transcende le Concerto en ré (prise de 2013) par la finesse sans aucune emphase de son instrument. C’est droit, vif, précis, allégé lui aussi, dans la lumière et d’une clarté absolu (trilles aiguës inouies, d’une ciselure arachnéenne), exprimant la fusion, cet esprit d’effusion souple et tendre unissant orchestre et violon dans une seule et même caresse amoureuse : Leonidas Kavakos est Brahmsien comme Chailly : jamais dans la démonstration et la pure virtuosité, révélant des couleurs intérieures enfouies, intimes, pudiques d’une infinie douceur. Même incandescence et même entente partagées par les deux solistes du Double Concerto (live de 2008) : le violoncelle de Truls Mork et le violon de Vadim Repin, vif argents, d’une sobriété éprise d’élégance chambriste, toujours articulée et d’une subtilité d’accents… Les nouveaux réglages de Chailly se ressentent d’autant mieux dans une œuvre qui alterne de façon souvent vertigineuse les parties dévolues à tout l’orchestre et l’incise murmurée et plus ciselée du chant à deux voix. Chambriste et concertant, comme un Concerto grosso, la partition semble différente à tout ce qui fut joué jusque là. En s’appuyant sur la tradition brahmsienne de l’orchestre de Leipzig, songeons que l’orchestre a créé en 1859 le Premier Concerto pour piano, Riccardo Chailly peut sculpter une sonorité qui a sa base romantique des plus légitimes. En apportant un regard scrupuleux, veillant à la lisibilité des timbres comme des pupitres, le chef réussit son objectif : retrouver un Brahms plus incisif, plus transparent dont le souci de l’architecture et de la couleur se dévoilent magistralement. En somme Brahms était un moderne. Loin des clichés qui en font le suiveur conservateur et orthodoxe de Beethoven, résolument rival de Mahler à Vienne. L’histoire d’un Brahms dépoussiéré s’écrit maintenant grâce à son pionnier désormais incontournable, Riccardo Chailly. Tracklisting Intégrale pour orchestre de Brahms : CD1: Symphonie no. 1 op.68; Symphonie no. 3 op.90 CD2: Symphonie no. 2 op.73; Symphonie no. 4 op.98; version alternative du début de la Symphonie n°4 CD3: Ouverture tragique op.81; Intermezzo op.116 no. 4 (arr. Paul Klengel); Intermezzo op.117 no.1 (arr. Paul Klengel); Variations sur un Thème de Haydn op.56a; Liebeslieder-Walzer op.52; Andante, Symphonie no. 1 – première de la version originale; Academic Festival Overture op.80; Danses hongroises nos. 1, 3 & 10 CD4: Serenade no. 1 op.11; Serenade no. 2 op.16 CD5: Concerto pour violon op.77 [Leonidas Kavikos]; Concerto for Violin & Violoncelle op.102 [Vadim Repin, Truls Mörk] CD6: Concerto pour piano no. 1 op.15 [Nelson Freire] CD7: Concerto pour piano no.2 in B flat op.83 [Nelson Freire] Orchestre du Concertgebouw de Leipzig Leipzig Gewandhausorchester Riccardo Chailly, direction CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca 4788994 (2006-2014). Parution : mi octobre 2015.



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6 octobre

Vadim Repin à Aix-en-Provence

Nouvelle soirée événement au Grand Théâtre de Provence avec la venue de Vadim Repin accompagné du pianiste Andrei Korobeinikov . Si ce concert, aussi dense qu’éclectique, a réservé de beaux moments de musique et nous a permis d’entendre un violoniste hors norme, il a parfois manqué ce petit plus dans l’émotion pour nous transporter pleinement, ainsi qu’un partenaire qui puisse se hisser au niveau de son compatriote. La Sonate n° 1 pour violon et piano de Schnittke constitue un début de programme sévère en matière de sonorité pour le violon. On reconnaît l’influence de Chostakovitch dans cette œuvre au mysticisme teinté de noirceur et d’ironie. L’unité d’ensemble n’est pas ici véritablement perceptible. Les deux artistes semblent parfois jouer deux partitions juxtaposées. Écrite à l’origine pour flûte et piano, la Sonate n° 2 de Prokofiev met parfaitement en lumière l’aisance de Repin dans ce répertoire même si, par moments, on aurait attendu de sa part plus de corps dans l’expression du thème initial (« Moderato« ) ou les inflexions de l’ »Andante« . De son côté, Korobeinikov déroule un jeu massif dénué de douceur digitale. Les deux mouvements virtuoses trouvent néanmoins une variété homogène. Après la pause, les accents populaires du Prokofiev se prolongent avec Bartók et sa Rhapsodie n° 1. Repin use de sa virtuosité pour souligner les thèmes empruntés au folklore local, dont la czardas tzigane, connue pour son caractère festif. Puis, Korobenikov revient seul sur scène pour interpréter Brahms. Son jeu devient intériorisé et nuancé le temps du premier Capriccio. Malheureusement, ses choix de tempi, ses phrasés étirés ou déstructurés déçoivent. Ils perturbent la conduite du propos au point de brouiller les différents plans sonores, essentiels chez Brahms (Capriccio n° 5). Dans l’Intermezzo n° 1, l’expression en devient soudain pesante. Nous sommes entrainés dans les catacombes avant la fin de la première page. Le retour de Vadim Repin dans la Sonate n° 3 de Brahms permet de retrouver une douceur expressive. Son riche vibrato s’illustre à merveille dans un magnifique « Adagio » tout en finesse de part et d’autre. Le finale, généreux dans l’engagement physique, est également une réussite et fera oublier la retenue et les imprécisions de justesse du violoniste (« Allegro »). Deux bis enthousiasmants sont offerts au public. Tout d’abord, une Sérénade mexicaine menée avec une décontraction rafraichissante. Puis, les Danses populaires roumaines de Bartók, tel un voyage musical en Europe de l’Est qui résonne avec authenticité. Crédit photographique : Vadim Repin © Gela Megrelidze

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26 juin

Beethoven Neuvième symphonie, épisode 2 : Paavo Järvi à la Philharmonie

Au lendemain de l’exécution de cette même ultime symphonie beethovénienne à l’Opéra Bastille , l’Orchestre de Paris prenait le relais conduit par son chef Paavo Järvi offrant une prestation de haute volée dont on put, dans l’acoustique bien plus favorable de la Philharmonie, en percevoir clairement toutes les qualités. Mais avant cela on put entendre le Concerto pour violon n°2 de Chostakovitch repris par Philippe Aïche , un des deux premiers violons solo de l’orchestre, après le forfait de Vadim Repin. On ne sait si le violoniste avait cette œuvre dans les doigts depuis une semaine, un an ou toute sa vie, mais il s’y lança sans trembler avec une intensité qui fit plaisir à entendre d’autant qu’elle était accompagnée d’une belle maitrise instrumentale. Peut-être une star du violon y aurait mis ici où là plus de nuances ou d’intentions, Philippe Aïche a semblé y favoriser la constance et la cohérence du discours sur la fantaisie ou la prise de risque et il a sans doute eu raison. Avec son accompagnement « aux petits oignons » par un chef inspiré et un orchestre attentif, ce concerto fut une réussite. Le point d’orgue de la soirée resta quand même, et de loin, l’exécution de la Symphonie n°9 de Beethoven, d’un niveau d’accomplissement rarement atteint à ce point. Jouant avec une urgence constante, au point d’enchainer les mouvements presque sans pause ou, dans le finale, de lancer la « marche turque » alors que la résonance du grandiose point d’orgue ne s’était pas éteinte, le chef imprima, par ses tempos vifs, un allant et un rebond permanent, une énergie motrice sans relâche, ne sacrifiant jamais la lisibilité, les phrasés ou la couleur orchestrale, qui souvent s’assèche dans ces conditions, mais pas ce soir, réussissant à rester expressif et vivant, évitant là encore l’écueil de l’uniformité réductrice trop souvent entendue ailleurs. Le difficile premier mouvement trouva sous la baguette de Paavo Järvi une densité et une concentration sans faille, réussissant la gageure de préserver la progression du mouvement, ses épisodes successifs étant alors parfaitement amenés, en particulier le grand climax central qui, pour une fois, ne tombait pas du ciel. Cette capacité à ne rien sacrifier à l’hôtel de l’urgence et de la motricité fut la grande réussite de cette interprétation, d’un bout à l’autre, portée par un orchestre en grande forme qui suivit son chef comme un seul homme. Jusqu’au Prestissimo final facilement cafouilleur réussit ce soir comme rarement. Les forces chorales furent à la hauteur de la tâche, participant grandement à la glorieuse majesté du finale, y compris son quatuor teinté de stars. Même si notre sensibilité musicale nous porte volontiers vers des versions plus amples respirant plus profondément, on applaudit des deux mains à cette brillante exécution, sans doute ce que nous avons entendu de mieux dans ce style. Pour ses successeurs fraîchement nommés, Paavo Järvi vient de mettre la barre bien haute. Crédit photographique : Paavo Järvi © Tom McFarlane

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